J’ai payé mes trois géraniums citronnelle près de 15 euros pièce : le premier dîner dehors, ils ont servi à peu près autant qu’une plante verte

Trois pots, quinze euros chacun, achetés en jardinerie avec la promesse d’une terrasse enfin tranquille. Premier dîner dehors de la saison, bougies allumées, géraniums citronnelle bien en évidence sur la table : résultat, les mêmes piqûres que d’habitude, au même rythme, sur les mêmes chevilles. La plante sentait bon le citron. C’est à peu près tout ce qu’elle a fait.

Cette déception n’a rien d’anecdotique. Elle est documentée depuis des décennies par la recherche scientifique, et elle porte même un nom dans la littérature horticole anglo-saxonne : le « mosquito plant hoax ».

À retenir

  • Une étude canadienne de référence a montré que les moustiques se posent plus sur cette plante que sur du papier blanc
  • Le décalage fascinant entre 30 ans de preuves scientifiques et la persistance du marketing en jardinerie
  • Deux alternatives réelles qui fonctionnent mieux et pour moins cher que les pélargoniums premium

Ce que dit vraiment la science sur ce géranium

Le pélargonium vendu comme « géranium citronnelle » ou « citrosa » n’est pas une invention marketing récente. Son histoire remonte aux années 1980, quand un horticulteur néerlandais installé aux États-Unis a commercialisé un cultivar de Pelargonium graveolens en le présentant comme génétiquement croisé avec de la véritable citronnelle (Cymbopogon). Il a été prétendu que cette plante résultait d’un croisement génétique entre le géranium africain et le gène de la citronnelle, mais cette affirmation s’est révélée fausse : la plante est en réalité un cultivar de Pelargonium graveolens.

Les tests en conditions réelles n’ont jamais été tendres avec la plante. L’efficacité de la « plante à moustiques » comme répulsif de zone contre les femelles d’Aedes albopictus et de Culex quinquefasciatus adultes en quête d’hôte a été évaluée, et aucune différence significative n’a été observée dans le nombre de moustiques se posant sur les avant-bras de sujets humains selon la présence ou non de la plante. Pire encore pour l’image de la plante miracle : en laboratoire, davantage de Culex quinquefasciatus adultes se sont posés sur des feuilles découpées de ce cultivar que sur des modèles de feuilles en papier blanc de taille et forme similaires.

L’université de Guelph, au Canada, a mené l’une des expériences les plus citées sur le sujet. Les chercheurs ont noté que lors des évaluations sur le terrain, des moustiques étaient régulièrement observés en train de se poser et de se reposer sur la plante à moustiques, ce qui indique une absence d’effet répulsif. Le verdict était sans ambiguïté : les résultats étaient clairs, la plante à moustiques ne fonctionne pas. Le Pelargonium citrosum est très parfumé, mais il n’a pas été efficace pour éloigner les moustiques.

Le problème ne vient pas d’un manque de composés actifs en théorie, mais de leur concentration ridiculement faible. La composition en huile de la plante était très proche de celle du géranium rosat, avec seulement 0,09 % de citronellal, l’un des composants actifs de l’huile de citronnelle, et la plante citrosa n’a pas mieux protégé les sujets humains des piqûres de moustiques que les témoins. Une étude en Floride confirme le même constat sur d’autres espèces de moustiques présentes en zones tempérées, dont l’Aedes albopictus, cousin du fameux moustique tigre qui colonise désormais une bonne partie du territoire français.

Pourquoi la plante reste vendue partout malgré ces preuves

Le décalage entre la science et le rayon jardinerie interroge. Dès 1996, des études montraient que la plante citrosa, Pelargonium citrosum ‘Van Leenii’, n’avait aucune qualité répulsive discernable contre les moustiques. Pourtant, près d’une décennie plus tard, les plantes continuaient à être commercialisées comme des solutions efficaces. Trente ans après, le constat n’a pas bougé d’un pouce dans les rayons français.

La confusion tient aussi au nom. Le géranium citronnelle sent réellement le citron, ce qui entretient une croyance intuitive assez logique : ça sent la citronnelle, donc ça doit faire fuir les moustiques comme la citronnelle. Mais l’odeur perçue par notre nez n’a rien à voir avec la quantité de molécules réellement diffusées dans l’air ambiant. La quantité de substances chimiques dégagées par les plantes reste très faible ; on les sent surtout quand on les frôle ou qu’on écrase une feuille. Un pot posé sur la table du dîner, aussi feuillu soit-il, ne libère tout simplement pas assez de composés volatils pour créer une barrière protectrice à l’échelle d’une terrasse.

Ce qui marche un peu mieux, et à quel prix

Toutes les plantes réputées anti-moustiques ne se valent pas. La cataire, par exemple, affiche des résultats nettement supérieurs quand son huile est appliquée directement sur la peau, mais là encore la plante en pot seule ne suffit pas à protéger une soirée entière. Le géranium rosat classique, différent du citrosa, contient davantage de citronellol et peut avoir un effet mesurable, à condition d’en froisser les feuilles régulièrement pour libérer les huiles essentielles, une astuce que confirment plusieurs jardiniers professionnels : non pas en diffusant passivement son parfum, mais grâce à une petite action simple, froisser légèrement les feuilles en fin d’après-midi.

Le thym citron et la mélisse s’en sortent honorablement aussi une fois froissés, avec l’avantage d’être nettement moins chers et plus faciles à cultiver qu’un pélargonium de jardinerie premium. Quant aux bougies à la citronnelle, souvent achetées en complément, leur effet reste marginal comparé à un vrai répulsif appliqué sur la peau.

Reste une question de bon sens à se poser avant le prochain passage en jardinerie : quinze euros pour une plante décorative qui sent bon, très bien. Quinze euros en pensant acheter une protection contre les moustiques, c’est plutôt de l’argent investi dans du marketing vieux de quarante ans.

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