Ce n’est pas contre le gel qu’il agit ainsi, mais contre la lumière. Chaque soir depuis début octobre, votre voisin enferme littéralement son poinsettia sous une boîte en carton, et cette manœuvre n’a rien à voir avec une quelconque crainte des températures nocturnes. Elle vise un objectif bien plus précis : forcer la plante à croire qu’elle vit encore au Mexique, sa terre d’origine, où les nuits d’automne s’allongent naturellement jusqu’à déclencher la fameuse coloration rouge des bractées.
À retenir
- Un rituel nocturne minuté qui n’a aucunement pour but de protéger du froid
- La lumière électrique domestique sabote le cycle naturel de la plante mexicaine
- Une tolérance zéro à l’erreur : même quelques minutes de trop peuvent tout anéantir
Une plante qui compte les heures d’obscurité, pas les degrés
Le poinsettia appartient à une catégorie bien particulière du monde végétal : les plantes dites de jours courts. Le poinsettia fait partie des plantes de jours courts, ce qui signifie qu’il a besoin de périodes d’obscurité prolongées pour déclencher sa coloration. Concrètement, ce sont les nuits, et non le froid, qui pilotent tout son cycle de floraison. Ce phénomène de coloration dépend entièrement du photopériodisme, c’est-à-dire la réaction de la plante aux variations de la durée du jour et de la nuit.
Dans son habitat naturel, la plante perçoit le raccourcissement progressif des journées à l’approche de l’hiver mexicain et réagit en conséquence. Sous nos latitudes, chauffage allumé et éclairage électrique permanent brouillent complètement ce signal. Cette plante d’origine mexicaine réagit aux jours qui raccourcissent, mais chez nous, entre lampes allumées, salons chauffés et confusion jour-nuit, le poinsettia perd ses repères et garde sa robe verte. D’où l’idée, un peu radicale mais redoutablement efficace, de recréer artificiellement une nuit totale et minutée.
Le carton, un placard de fortune pour simuler l’obscurité totale
Le geste du voisin n’a donc rien d’excentrique : c’est une technique documentée et largement recommandée par les horticulteurs. En septembre, il faut placer la plante dans une pièce claire le jour et dans le noir complet 14 heures chaque nuit, ou la couvrir chaque soir d’un carton opaque de 18 h à 8 h du matin. Un placard fermé ou une pièce sans fenêtre fonctionnent tout aussi bien, mais le carton reste la solution la plus accessible : on le pose, on le retire, sans bricolage compliqué.
La durée de ce traitement n’est pas anodine non plus. Pour obtenir ce rouge si intense, les producteurs soumettent le poinsettia à un régime strict dès septembre : une lumière vive le jour, suivie de 12 à 14 heures de noir complet chaque nuit, pendant près de dix semaines. Dix semaines de rigueur pour quelques jours de bractées écarlates sous le sapin, le rapport peut sembler déséquilibré. Mais c’est justement ce qui distingue le poinsettia acheté tout rouge en boutique (déjà traité en serre professionnelle) de celui qu’on tente de faire refleurir soi-même, une seconde fois, chez soi.
Une régularité de métronome, sinon tout est à refaire
Le détail qui rend ce rituel presque obsessionnel, c’est sa tolérance zéro à l’erreur. Il ne faut jamais faillir à cet horaire : seulement quelques minutes de trop au mauvais moment et la floraison n’aura pas lieu. Dans les serres professionnelles, on va jusqu’à occulter les fenêtres côté route pour éviter tout incident lumineux. D’ailleurs, dans les serres où l’on produit des poinsettias, il faut souvent étendre des draps noirs du côté de la route, car il suffit que les phares d’une auto éclairent les plants au mauvais moment pour arrêter ou retarder la floraison.
Même une veilleuse ou la lueur bleutée d’un chargeur de téléphone peut ruiner des semaines d’efforts. La régularité compte plus que tout : même une faible lumière nocturne peut annuler complètement l’effet recherché. C’est précisément pour cela que le carton l’emporte souvent sur le simple fait de reculer la plante dans un coin sombre du salon : il garantit une étanchéité totale à la lumière, chose qu’aucune pièce domestique classique ne peut vraiment assurer.
Et si vous voulez tenter l’expérience à votre tour
La méthode reste accessible à qui veut s’y prêter, à condition d’accepter la contrainte du calendrier. On démarre généralement autour de la mi-septembre ou début octobre, pour une plante qui rougira à temps pour les fêtes. De mi-septembre à mi-novembre, placez le poinsettia dans une obscurité totale 12 heures par jour, idéalement la nuit. Le jour, en revanche, la plante a besoin d’une vraie luminosité pour continuer à faire de la photosynthèse. La journée, c’est entre 15 et 21°C qu’il faudra la placer pour 6 à 8 heures d’exposition à la lumière du jour, elle en a besoin malgré tout.
La température joue aussi un rôle, plus discret que celui de la lumière mais loin d’être négligeable. L’absence de teinte rouge provient généralement d’un déficit de photopériode avec des jours trop longs, d’une lumière trop faible, de températures nocturnes trop élevées au-dessus de 18 °C ou trop basses en dessous de 15 °C. Autant dire que le radiateur allumé juste à côté du pot peut, lui aussi, saboter des semaines de discipline nocturne. Un détail que peu de jardiniers amateurs anticipent, contrairement à la lumière, sur laquelle tout le monde se focalise instinctivement.
Reste une question que peu se posent : combien de temps ce rouge tiendra-t-il une fois obtenu ? Avec des conditions stables, à l’abri des courants d’air et de la chaleur excessive, les bractées de votre poinsettia peuvent rester colorées pendant plus de quatre mois. De quoi largement dépasser les fêtes de fin d’année et accompagner la plante jusqu’au printemps, avant qu’un nouveau cycle de taille et de repos ne s’impose pour préparer, déjà, le prochain Noël sous carton.
Source : masculin.com