Je pinçais tous les bourgeons de mes plantes pour les faire grossir : un horticulteur m’a montré celui qu’il ne faut surtout jamais toucher en juillet

C’est une erreur que commettent des milliers de jardiniers amateurs chaque été. Le geste est intuitif, presque logique : supprimer les bourgeons pour concentrer l’énergie de la plante et obtenir de plus beaux fruits, de plus belles fleurs, une touffe plus dense. Mais en juillet, un type précis de bourgeons mérite d’être absolument préservé. Le pincer, c’est compromettre la récolte de l’année suivante sans même s’en rendre compte.

À retenir

  • Pourquoi deux types de bourgeons existent et comment les distinguer à l’œil nu
  • Le calendrier crucial : pourquoi juillet est le mois où il faut être vigilant
  • Les plantes qu’on peut pincer sans risque et celles qui méritent une exception

Ce que le pincement fait vraiment à vos plantes

Le flux de sève détourné par le pincement favorise le départ de nouvelles pousses. C’est le principe fondateur de la technique : priver la tige principale de son bourgeon terminal, et la plante réagit en multipliant ses ramifications latérales. Le pincement est nécessaire à la ramification de certaines plantes. Sans cette intervention, les tiges seraient longues mais peu florifères. Résultat : une plante plus compacte, plus généreuse, visuellement plus équilibrée.

Sur le potager, le mécanisme est encore plus direct. En pinçant ou taillant des rameaux qui ne comportent que des feuilles, la sève va se diriger davantage vers les fruits et ainsi les faire grossir. C’est exactement ce qui se passe avec les tomates, les aubergines ou les courges : moins la plante nourrit de tiges “inutiles”, plus vite elle produit de fruits. Une plante qui produit trop de tiges, de fleurs et de feuilles a moins de chance de développer de bons fruits parce que l’énergie s’éparpille trop.

Le pincement sur les aromatiques obéit à une autre logique, tout aussi efficace. On pince les tiges des plantes aromatiques comme le basilic, la menthe et autres avant l’arrivée des fleurs pour éviter de les épuiser et développer les nouvelles tiges. Un basilic pincé régulièrement produit des feuilles pendant tout l’été là où un plant laissé monter en graines s’épuise en quelques semaines. La technique sert donc à rediriger l’ambition de la plante, pas à la blesser.

Le bourgeon à fruits : celui qu’on ne touche pas en juillet

C’est là que l’erreur se glisse. Sur les arbres fruitiers, il existe deux familles de bourgeons radicalement différentes, et les confondre coûte cher. Les bourgeons à bois, aussi connus sous le nom de bourgeons végétatifs, sont généralement pointus et durs. Ils sont à l’origine de la croissance du bois et du feuillage. À l’inverse, les bourgeons à fleurs sont plus arrondis et tendres. Ces bourgeons portent les promesses des futures fleurs et, de ce fait, des fruits à venir. Les reconnaître à l’œil nu demande un peu de pratique, mais une fois le coup de main pris, le diagnostic devient immédiat : pointu et dur, c’est du bois ; gonflé et arrondi, c’est du fruit.

Une taille mal réalisée peut supprimer une partie de la future production de fruits. En coupant trop de bourgeons à fruits, vous réduisez le potentiel de récolte de l’année suivante. Ce point mérite d’être dit clairement : si vous pincez en juillet les bourgeons à fruits de votre pommier ou de votre prunier, vous ne sabotez pas la récolte en cours. Vous sabotez celle du printemps prochain. Le bourgeon à fruits que vous supprimez cet été aurait fleuri au mois de mars suivant.

Le pincement se pratique de fin juin à mi-juillet selon l’arbre, mais aussi selon la région, l’avancée de la végétation et le climat. Ce calendrier n’est pas arbitraire. En juillet, les arbres fruitiers finissent de constituer leurs réserves et d’initier les bourgeons qui assureront la floraison de l’année suivante. C’est précisément parce que la plante travaille en ce moment à préparer demain qu’il faut faire attention à ce qu’on touche aujourd’hui.

Ce qu’on peut pincer sans risque (et ce qu’on doit éviter)

En juillet, les cibles légitimes du pincement sont nombreuses. Le pincement s’opère généralement sur tous les légumes-fruits comme les aubergines, les tomates, les melons, les concombres, les cornichons, les poivrons et la famille des courges. Sur ces plantes, supprimer les tiges végétatives et les “gourmands”, ces pousses qui partent à l’aisselle des feuilles, est une bonne pratique. Il s’agit de supprimer les pousses latérales démarrant entre la tige principale et les feuilles pour drainer un maximum de sève vers les fruits.

Attention cependant à une exception souvent mal connue : ces recommandations ne s’appliquent pas aux tomates-cerises, parce que celles-ci ne se pincent pas. Pincer une tomate-cerise revient à lui retirer des grappes entières sans aucun bénéfice compensatoire. Les variétés indéterminées classiques, en revanche, tolèrent et même réclament ce traitement. Au total, ne gardez sur le pied de tomates que 5 à 6 bouquets de fleurs pour des fruits bien calibrés et une maturité plus rapide.

Sur les arbres fruitiers, le pincement permet de préparer la fructification de l’année suivante en raccourcissant les rameaux afin que les bourgeons de la base soient favorisés. Il permet aussi une meilleure ventilation de la ramure et une meilleure pénétration du soleil, pour un mûrissement des fruits plus rapide. Ce qu’on pince sur un fruitier en juillet, ce sont donc exclusivement les pousses végétatives, celles qui s’allongent sans porter aucun futur fruit. Les bourgeons à fruits, eux, restent intacts.

Certaines plantes à fleurs méritent également leur passe en juillet. Les pétunias, les zinnias, les tagètes ou les impatiens sont magnifiés par cette opération : pincer les jeunes sujets pour les ramifier et obtenir des plants plus fournis. Quelques plantes en revanche n’aiment pas le pincement, comme les lavatères et les pavots, car cela peut retarder leur floraison sans réel bénéfice. La règle vaut pour toutes les espèces : avant de pincer, il faut savoir ce qu’on va obtenir en échange.

La bonne méthode, geste par geste

On parle de pincement tendre lorsqu’on enlève uniquement le bourgeon terminal et de pincement dur dès que l’on supprime plusieurs étages de feuilles. Pour la majorité des situations estivales, le pincement tendre suffit largement : un geste sec entre le pouce et l’index, juste au-dessus d’un nœud foliaire, sans arracher ni déchirer la tige. Les outils doivent être désinfectés pour éviter de propager d’éventuelles maladies. Un sécateur non désinfecté peut transmettre en quelques minutes un champignon ou une bactérie d’un plant à un autre, surtout par temps humide.

Évitez de pincer trop de tiges à la fois, car cela peut stresser la plante. C’est particulièrement vrai en pleine canicule, quand les végétaux sont déjà sous tension hydrique. Pincer par temps très chaud expose les plaies fraîches à la déshydratation et ralentit la cicatrisation. La fenêtre idéale reste le matin tôt, quand les tiges sont encore tendres et que la chaleur du jour n’a pas encore durci les tissus.

Un dernier point que peu de jardiniers connaissent : le pincement est également une façon simple de se débarrasser de certains parasites, comme des pucerons qui s’agglutinent en tête de rameau sur la fève. Supprimer la pointe infestée avant que les colonies ne se dispersent sur le reste de la plante, c’est un réflexe de maraîcher qu’aucun insecticide ne remplace avec autant d’efficacité et de simplicité. En juillet, quand l’activité des pucerons culmine, ce geste vaut son pesant d’or.

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